Dépasser le dogme de la "bonne" réponse

Dernière mise à jour : 17 nov. 2021

Par Nico Flow


Les enfants apprennent très vite qu’on attend d’eux qu’ils apprennent des choses, et que leur opinion ne compte pas forcément. Ils le comprennent si bien que ce qui compte le plus alors n’est pas d’acquérir un apprentissage, mais plutôt d’avoir la bonne réponse, en opposition à la réponse mauvaise. Ils veulent à tout prix satisfaire l’enseignant, qui lui n’a d’autre intérêt que s’assurer que son cours a été retenu, ce qui n’est pas foncièrement néfaste en soi. Pour cet enfant, alors, le seul objectif consiste à pouvoir donner cette « bonne réponse », peu importe l’ânerie qu’elle représente sur un plan logique (l’exemple le plus pertinent est le cours d’histoire qui enseigne que Christophe Colomb a découvert l’Amérique, comme si ce continent n’avait pas été peuplé avant les occidentaux, c’est tout à fait incohérent), ou l’inconsistance qu’elle constitue dans l’esprit de cet enfant (comment un enfant de 8 ans peut-il se représenter les dimensions d’un continent ainsi que la diversité des pays qui s’y trouvent ?). J’entends par là que l’enfant ne comprend pas trop ce qu’il raconte, mais tant qu’il peut briller aux yeux de la maitresse et paraitre intelligent au sein de la classe, cela lui semble bon. Cela créé plusieurs problèmes :


D’un côté il y a donc l’élève qui « réussit ». Celui-ci ne s’intéresse pas tant à l’enseignement, à la réflexion, à tirer des conclusions par sa logique, à stimuler sa propre intelligence, mais ne recherche qu’à satisfaire l’enseignant. Cela provoque un conditionnement quasi-indécrottable : donner cette sainte « bonne réponse » et ainsi satisfaire l’enseignant produira un « bon élève », confiant, estimé, qui réussira à l’école mais n’en fera pas forcément un enfant digne, intelligent de cœur et d’esprit, ouvert, vertueux. C’est d’ailleurs souvent le contraire qui se produit : les pires crapules du monde civilisé ne sortent-ils pas de grandes écoles ou ils ont passés des années à se battre pour obtenir de meilleures places, d’abord aux classes préparatoires, puis aux examens, puis aux postes de junior, puis pour leur carrière ? Cette corrélation entre stupidité humaine et cette soi-disante "intelligence" a été mise en avant par une étude de 2014 concernant le niveau d’intelligence (disons plutôt accumulation de savoir, appelée ici intelligence scientifique) des personnes climato-sceptiques. En gros, plus on en sait, mieux on défend son point de vue, aussi bête soit-il :

"Dans une étude publiée en 2014,le psychologue Dan M. Kahan a demandé à des Américains s'ils adhéraient à l’idée qu’il existe de solides preuves pour affirmer que le réchauffement climatique est principalement causé par les activités humaines comme l’utilisation d’énergies fossiles. Les réponses des participants ont été mises en relation avec leur culture scientifique et leur allégeance politique démocrate ou républicaine. Résultats : plus les électeurs démocrates avaient des connaissances scientifiques, plus ils croyaient que la science démontre que le réchauffement est dû aux activités humaines. Chez les électeurs républicains, l'effet était inverse : plus ils avaient une culture scientifique, plus ils étaient climato-sceptiques. Ainsi, conclut le chercheur, l'appartenance au groupe culturel aurait une influence plus déterminante sur certaines croyances que les connaissances scientifiques. L'adhésion à une idée démontrée par la science mais s'opposant aux croyances d'un groupe d'appartenance créerait une dissonance cognitive difficilement supportable. Plus les gens sont cultivés en sciences, plus ils sont capables « d'échafauder les plus incroyables théories » pour éviter que ne soient détruites les idées auxquelles ils tiennent."

Source : http://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/2016-12-28/climatoscepticisme


Il y a donc d'un coté l'enfant qui, par ses capacités d'adaptation, de mémoire, d'obéissance servile, réussit, et de l'autre il y a l’enfant qui ne « réussit pas ».


Pour cet élève qui ne saura pas satisfaire l’enseignant, qui posera trop de questions, qui répondra selon sa propre cohérence mais en dehors de l’attente implicite du système enseignant/apprenant, qui ne comprendra pas la question car trop complexe, mal formulée, ou parce que l’élève a alors des préoccupations bien plus importantes (situation familiale, jeux, idées, ambitions, émotion...) pour se creuser la tête sur un sujet qui ne l’intéresse pas, ou tout simplement qui n’osera même pas avouer qu’il ne comprend pas la question de peur de se faire remarquer et donc d’in-satisfaire l’enseignant, d’être moqué ou méprisé même à un niveau très subtil. Un tel enfant perdra sa confiance en lui, sera sous-estimé, mal vu et peu considéré, on ne voudra pas vraiment l’aider à développer ses facultés qui ne ressortent pas dans le cadre scolaire, et au final il ne « réussira »pas à l’école car il ne saura pas donner la satisfaction que l’enseignant attend. Mal compris, il exprimera sa souffrance ou son ennui, son incompréhension ou injustice, fruits de sa logique propre, de son intelligence et du manque de sens que lui apporte l’école (auquel il doit malheureusement sacrifier ses plus belles années d’innocence), par un comportement dit « perturbateur », ira se réfugier dans son imaginaire riche, ou la vie est lumineuse et joviale. Comment, alors, peut-on juger un tel enfant ?





J’ai été frappé récemment en voyant des enfants qui ne se préoccupent absolument pas de répondre correctement à un exercice mais ne cherchent en fait qu’à écrire la réponse qui semble attendue. Voici 2 exemples :


1 Cours d’histoire, les enfants remplissent des fiches (déjà, procédé morose largement critiqué par les partisans des pédagogies actives) à partir de libres recherches sur un Ipad (2ème incohérence, l’élève n’a pas du tout appris à utiliser le système de mot-clé des moteurs de recherche, ni à vérifier le contenu des sites auquel ma génération a pu s’habituer en 20 ans d’utilisations). L’enseignant a, grâce à ce procédé astucieux, un peu de temps pour respirer dans sa journée infernale d’administration, d’éducation, de cadrage et de transmission. L’élève doit donc remplir des trous dans un texte qui, me dis-je, a été soigneusement et intelligemment préparé (c’est ce qu’on attend naturellement d’un travail de classe lorsqu’on est enfant et on n’oserait pas remettre cela en question). Mais il se trouve que les trous ont été faits d’une manière que les phrases sont trop peu compréhensibles du lecteur, d’autant plus de jeune âge. Je vois bien que celui qui a préparé le cours était tellement centré sur les mots techniques à transmettre qu’il en a perdu toute pédagogie). Résultat, l