Les enfants sont parfois violents



PS : J’écris cet article sans fondement théorique, sans méthode, juste à titre de partage de mes expérimentations, à valeur expérimentale.


Les enfants peuvent nous taper, parfois pour jouer, parfois sans faire exprès, parfois pour attirer notre attention, parfois pas sentiment d’impuissance, ou par besoin de décharger, ou simplement car ils ont envie de nous taper, Certains en font une habitude, d’autres une stratégie, certains y voient une aptitude, d’autres encore une forme d’expression. Peut-on toujours juger avec justesse si cela est bien, ou si cela est mal ? Dans nos têtes adultes, éduquées ou dressées à a morale, on dira aisément que la violence est mâle. Et ce n’est pas FAUX, mais ce n’est pas pour autant VRAI. Sortir de la pensée dualiste (bien/mal, vrai/faux) dans ce cas, c’est pouvoir comprendre la situation, comprendre sa posture et son état, et agir consciemment. Y a-t-il une attitude parfaite ? C’est un mirage, une illusion, de la même manière qu’il n’existe pas de pédagogie « qui marche » ou « qui réussit », il y a je crois des attitudes et des environnement plus ou moins favorables. Et pour moi, comme adulte encadrant, je ne connais pas les histoires, les environnements de chaque enfant, alors je fais simplement comme je peux, mais avec la foi inébranlable que l’enfant n’a aucune mauvaise intention envers moi. Il-elle a surement de bonnes raisons le faire et je suis conscient que je ne saurai probablement jamais quelles sont ces raisons. Alors le point de départ pour moi c’est « pourquoi me prendre trop au sérieux? ». J’entends : prendre au sérieux ma réaction, ma posture soi-disant éducative, mon désir de laisser une trace chez l’enfant, un comportement qui va modifier son attitude future. C’est aussi : prendre au sérieux mes pensées, mes émotions, mes habitudes, mes schémas, mes blessures, donc prendre un recul nécessaire pour rester dans l’amour. Et l’amour ne vit que pour l’instant présent, pas pour le futur de l’enfant, ni du passé de « moi ». Ne pas trop me prendre MOI au sérieux, et aussi ne pas prendre l’enfant au sérieux, ni même le regard des autres enfants, ou des autres adultes : La plupart auront tout oublié dans la secondes d’après, et le reste aura oublié dans l’heure.

Que faire alors ? Lorsque le comportement agressif, le schémas, l’habitude, est implantée profondément, il faut bien sur des mesures réfléchies, construites en collaboration avec tout un tas de personnes qui connaissent le sujet. Mais sauf ces cas, il y a tout un panel qui s’offre à nous et ne demandent aucune compétences, peut être tout de même une dose de lâcher prise.

La première chose, la plus évidente pour moi : me laisser taper. Quel risque y a t il ? Au pire un bleu, un vêtement froissé ou sali, comme quand un garçon de 6 ans m’a tapé avec ses chaussures boueuses dans le tibia, salissant mon beau pantalon. Je l’ai lavé le soir, fin de l’histoire. Mais en le laissant, j’ai tout le loisir de l’observer : son regard (fuyant, fier, en l’air), ses lèvres (sourire, contentement, colères?), s’il est discret ou pas, les mots associés (étonnement très amicaux parfois), et les plus intéressant : sa réaction face à ma non-réaction. Pour ce garçon, ce fut étonnant, il était sur la défensive, et moi je lui souriait avec affection, et dès ce jour nous sommes devenus amis. Ce fut une expérience positive pour moi, et je crois pour lui, mais je n’en fait pas une méthode. Simplement, apprenons à observer l’autre, plutôt qu’être centré sur soi, ses réflexes de protections ou ses morales servies comme un plat du jour.

La deuxième chose, c’est la théâtre, ou faire semblant, ou jouer. Jouer avec ses propres réactions, émotions, détourner sa propre vanité (« Quoi ? Ce petit m’a tapé ? Il va voir… »). Rendre l’acte qui n’est pas anodin (je pense que chaque enfant sait que la violence est nocive, au moins car des centaines d’adultes ont du lui dire et lui répêter), en un acte banal, ou sujet à amusement. Passer du sérieux, de l’agression, à la joie de partager un moment ensemble. Dans cette expérience-ci, le but est tous le temps le même : rire et complicité. Et à mon sens, pour créer du rire et de la complicité, pour dédramatiser, pour dépasser une situation difficile, pour détourner l’attention d’un enfant d’une frustration ou d’une émotion qui l’envahie, il n’y a AUCUNE REGLE. Tout jeu est bon ! Ma phrase préférée en ce moment c’est : « tu seras privé-e de dessert pendant 10 ans » ou toute autre variante « tu seras privé-e de jeux vidéos jusqu’à ta mort » (la mort est je crois un sujet très léger pour un enfant à moins qu’il n’ai vécu un évènement récent, ce qui ne veut pas dire anodin, c’est léger car pas lourd, mais c’est important). Exagéré le propos pour créer une situation absurde, surtout que je ne suis jamais avec les enfants pour leur donner leur dessert ou leur jeux vidéos, mais je pourrais faire la même blague même si c’était le cas. Pour la violent, je trouve qu’on peut inventer n’importe quelle histoire avec des animaux, des Pokémon, des guerres liées à l’actualité (avec des pincettes), des noms connus de politiciens ou de sportifs, ou en parlant de caca ou de morve. Morve et caca marche très bien de mon expérience. Inventer un prétexte en tout cas pour répondre à la violence autrement que par ce que l’enfant pouvais s’y attendre, créer donc un changement dans la situation, et donc ancrer dans sa tête un nouveau registre du possible. En répondant, je peux le faire tourner, le prendre sur mon dos (le sac à patate), je peux lui rendre son coup pour qu’il ressente la même douleur que moi ou un peu moins (et lui faire sentir que nous avons tous deux en commun le fait de ressentir la douleur, donc que nous sommes tous deux des humains vulnérables et sensibles, ce qui peut amener la discussion et donc l’opposé de la morale), ou je peux simplement dire « aïe » (ce conseil vient du livre sur l’éducation chez les peuples de chasseurs cueilleurs et c’est véridique, ça marche parfois, mais ce n’est pas un faux aïeuehhh, c’est un vrai aïe de douleur, mais sans rien de plus). Voir note 1.


Et je conclu cet article sur la dernière possibilité : c’est celle ou on est juste pas d’humeur. Je ne fais aucune théorie donc je parle de moi, et quand je ne suis pas d’humeur, j’ignore l’enfant, je m’enfui, ou je lui parle sévèrement de tout ce que je pense juste de lui dire ou exprimer par mes gestes ou intonations. Dans ce cas, il peut tout à fait aller pleurer avec ses copains ou sa maman, je sais qu’il aura au moins appris quelque chose : des fois faut pas me chercher. Et je crois qu’i la le droit d’apprendre cela, car s’il ne l’apprend pas de moi, qui suit là comme un ami ou accompagnant et avec qui nous pouvons rire le lendemain ou rediscuter de la situation en adultes, il l’apprendra avec plus de souffrances.

Quant à moi, je ne crois pas bénéfique de vouloir être parfait, de vouloir modérer TOUT mes propres et attitudes, et je crois en la bonté de l’enfant, j’ai foi en sa propre capacité de discernement, de voir et comprendre des situations ce qui est bénéfique à son développement et ce qui ne l’est pas. Enfin, car je ne vois trop peu de bénéfice à être tiède, lisse, je trouve plus juste d’être vrai et entier.



Note 1:

Quand les enfants crient, pleurs, ou tapent, les parents Inuit répondent par un geste calme, doux, qui enseigne à l'enfant comme se calmer et penser avant d'agir. Crier coupe toute communication, au lieu de ça, calmer l'enfant, attendre que son émotion passe, et qu'il ait l'esprit disponible pour ce qu'on souhaite lui enseigner.

Les parents Inuit ont aussi recours à de nombreuses histoires comme celle du monstre du lac qui capture les enfants, ou qui enlève les cheveux l'hiver, ces histoires ont pour but de faire l'enfant écouter l'adulte, mettre son bonnet l'hiver, ne pas prendre de nourriture sans permission, ou pour se coucher à l'heure.

Lorsqu'un enfant se comporte mal, il n'y a aucune conséquence ou punition immédiate, ces parents attendent un autre moment pour revenir sur l'acte en tentant l'enfant "pourquoi tu ne me tappe pas ?". L'enfant doit se demander : "que dois-je faire ?"> Si l'enfant le fait, on lui montre la conséquence "ouille ça fait mal", et continuer "es-tu un bébé?", "tu ne m'aimes pas ?", pour montrer que le coup fait mal. Le but est de donner l'occasion à l'enfant de s'entrainer à son comportement dans un espace sécurisant, où il n'a pas de surcharge émotionnelle.

Lire aussi . https://apprendreaeduquer.fr/parentalite-agir-plus-parler-moins-et-donner-moins-de-choix-aux-enfants/

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