• Nico Roos

Oser la coopération



Dans une société où l'individualisme en vient à ronger les coeurs et nos plus belles valeurs, parler de coopération me semble révolutionnaire.


Lorsque je fais de l'auto stop, j'entends très souvent "on voit de moins en moins de gens comme vous", "quand j'étais jeune il y avait beaucoup plus d'auto-stoppeurs". Dans les magasins, dans les rues, peut-on regarder un produit, se déplacer, sans déranger quelqu'un d'autre, sans oublier de s'excuser, en faisant attention à tous le monde, respecter chaque code social aussi inutile soit-il ? A l'école, le système de notation et de réussite est tellement mis en avant qu'il est quasiment impossible de s'en défaire (1), ainsi même certaines écoles alternatives peuvent devenir élitistes, productives, tout ce pourquoi les pionniers comme Maria Montessori luttaient.


La surpopulation créé un accès à l'emploi toujours plus difficile, qui demande des papiers, des formations, des spécialités de plus en plus spécialisées, asséchant la créativité des enseignants, enfants, et parents. Ces derniers, pris dans la roue infernale ne savent plus bien ce que signifie "Vivre".


"À présent, les gens travaillent une bonne partie de la journée pour payer les déplacements nécessaires pour se rendre à leur travail." Ivan Illich, philosophe d'écologie politique autrichien


Notre manière de vivre, de voir la vie comme un "toujours plus" à acquérir nous amène à des violences quotidiennes et généralisées envers nous-même et tous, s'en est devenu tellement normalisé, que notre norme est d'une grande cruauté qui passe inaperçue :

- On laisse les enfants grandir sans aucun repère émotionnel, sans valeur, sans oser leur restreindre l'accès aux technologies,

- On laisse les personnes agées livrées à elles-mêmes dans des institutions froides, isolées, où attendre de mourir semble être la seule vocation

- On laisse des jeunes sans repères à l'abandon sans les écouter, sans leur permettre d'essayer ce qui leur tient coeur, sans leur laisser le choix de LEUR propre destin.

- On devient de plus en plus éxigeant envers tout, sans aucune notion sur comment ces choses sont faites (dans l'alimentation, plus saine mais à quel prix écologique, éthique ? dans l'éducation, plus de pression envers les enseignants, mais quelle place à l'entraide, à l'écoute ?)

- On permet à des adultes de faire souffrir d'autres personnes par tous les moyens pour arriver à leurs fins (mobing, pressions, paroles sexistes ou moqueries gratuites, mensonges ...), sans être punies par la loi ou les dirigeants. Combien reçoivent ces souffrances, en sont témoins ne peuvent pas dormir, d'impuissance face à l'injustice ?


Résultat : Chacun pour soi, même si on a TOUS déjà beaucoup trop pour pouvoir accéder au bonheur (manger, boire dormir, nouer des liens, le tout sans peur de manquer le lendemain). Et s'il faut écraser l'autre à l'école, aux études, au sport, en entreprise, allons-y !!!


La compétition a des vertus bien sur, comme la recherche de reconnaissance, mais jusqu'à quel point ? Il convient de se poser la question ...


Que signifie donc coopérer ? Comment cela participe à une éducation à la non-violence


-> C'est l'oubli de son intérêt personnel pour le bien de sa communauté, d'un autre : générosité, don, entre-aide, amour inconditionnel, acte ou parole sans attente sur l'autre.

-> C'est accepter l'autre tel qu'il est, sans le vouloir meilleur ou moins bon, pour que les capacités de chacun soient misent au service du projet commun. C'est savoir être sans juger, ou comparer, l'autre et soi-même.

-> C'est accepter de lâcher prise sur notre désir insatiable de vouloir plus, de se laisser empoter par le flow des attentes et envies de chacuns.

-> C'est oser les communiquer ses difficultés de manière non-violentes, oser se montrer vulnérable, montrer ses faiblesse.

-> C'est faire preuve d'empathie, essayer de comprendre l'autre, l'écouter tel qu'il a besoin d'être écouté, et non comme on le souhaite soi.


Quel sera le résultat ? Une oeuvre commune, multiple, riche, qui couronne la détermination d'un groupe à travailler ensemble. Tout le contraire de ce que l'on rencontre dans nos institutions et entreprises, qui malgré certaines volontés de montrer les potentiels collectifs, restent souvent ancrés dans un marécage gluant de "chacun pour soi peu importe le prix".


Osons la coopération, pour notre avenir commun.


1 : à ce propos, voir cette très bonne vidéo de Ken Robinson sur le paradigme de l'éducation (11 min) : https://youtu.be/0CW-QBvdgMM

 

Nicolas Roos - 2020